R.L. LA SINCERITE
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R.L. LA SINCERITE
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Origine et sens spirituel
de la Respectable Loge
« L a S i n c é r i t é »
( 1778 – 2008 )


Le réveil, à 230 ans de distance, de la Loge « La Sincérité » n’est pas anodin, car « La Sincérité » possède, à l’évidence, une place extrêmement significative à l’intérieur de l’histoire de la maçonnerie willermozienne, et plus particulièrement de son histoire en Savoie, puisque cet atelier fut à la base de l’installation du Régime Rectifié dans nos régions, et qu’il contribua grandement à son développement, épousant avec une rare énergie et un réel enthousiasme les idéaux et concepts originaux du système nouvellement élaboré à Lyon.

C’est en s’éloignant de la maçonnerie anglaise, que Joseph de Maistre accompagné de seize frères des « Trois Mortiers », décidaient de se séparer de leur loge afin de rejoindre la maçonnerie écossaise et annonçaient dans le courant de l’année 1778 qu’ils érigeraient à Chambéry une loge précisément de Rite Ecossais Rectifié sous le nom de « La Sincérité ». De ce fait, le 4 septembre 1778, après plusieurs années d’efforts, était consacrée à l’Orient de Chambéry la loge « La Sincérité », qui tiendra sa première tenue le 24 septembre.
De la sorte, « La Sincérité » de Chambéry, devint la « première en date des filiales du Directoire de Lyon, demeur[ant] la première en importance. Un an plus tard, en juillet 1779, Jean-Baptiste Willermoz dépêchera cette fois-ci à Chambéry, non son frère, mais son plus proche collaborateur en la personne de son Préfet du Collège Métropolitain des Grand Profès, Gaspard de Savaron (Eques a Solibus), afin que soient donnés aux frères de Chambéry outre les documents relatifs au Convent des Gaules qui s’était réuni à Lyon d’octobre à novembre 1778, les Instructions secrètes de la classe de la Profession, les rituels et instructions d’Ecuyer Novice, et une partie des rituels de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.).

Le Régime Ecossais Rectifié était dès lors entièrement constitué et installé en Savoie.

Les réactions ombrageuses ne se firent pas attendre, et nous apprenons, par l’intéressant dépouillement de la correspondance entre « Les Trois Mortiers » et la « Parfaite Union » effectué par François Vermale, qu’il sera, assez vite, fait défense aux frères appartenant aux loges anglaises de se rendre aux tenues de « La Sincérité », interdiction formulée en ces termes : « Il est interdit, à partir de janvier 1780, aux adhérents des loges régulières de fréquenter ou de visiter directement ou indirectement la loge prétendue dite de la Réforme à laquelle appartient Joseph de Maistre, conformément à une délibération prise dans la Grande Maîtresse Loge le 30 décembre 1779. »

Certes tout ceci est bien loin, et ces oppositions circonstancielles relèvent aujourd’hui, fort heureusement, de l’Histoire, mais ce rapide rappel nous donne de mieux saisir ce que put constituer comme nouveauté surprenante sur le plan initiatique la Réforme de Lyon.

Il faut bien admettre que ce qui fit, et fait encore, la spécificité du Régime Ecossais Rectifié auquel cette loge rattacha et rattache encore volontairement ses travaux, nous permet également, d’une certaine manière, de mieux percevoir en quoi le réveil de « La Sincérité » aujourd’hui, et sa consécration dans son rite d’origine 230 ans après sa fondation le 13 septembre 2008, représentent comme symbole singulier d’une profonde fidélité, chez certains maçons, aux fondements doctrinaux du système willermozien.

Ces fondements doctrinaux qui touchent au cheminement de la vie spirituelle intérieure apparurent à l’époque comme suffisamment novateurs au point de créer un mouvement d’incompréhension, ou même de nette défiance à leur égard.

Nous nous cantonnerons donc à ce qu’exprima Joseph de Maistre, justifiant à ses yeux l’intérêt de la Réforme de Lyon et l’importance de la constitution de « La Sincérité ».

En effet Joseph de Maistre, qui fut l’un des fondateurs de « La Sincérité », est un auteur, contrairement à son ami Saint-Martin, qui ne se livra que très peu au sujet de sa vie intérieure, qui ne décrivit que trop rarement ce que sont les merveilles de la « terre promise », l’authentique terre sainte dont le « chemin qui y conduit [n’]est [pas] entièrement perdu désormais » (R. Guénon, Les Gardiens de la Terre Sainte, in Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1977, p. 92.), ne nous est pas fermé, bien au contraire, puisque cette ‘‘terre’’ est celle de nos cœurs ouverts aux mystères de la Divinité.

Ainsi, lorsqu’il témoigna de l’itinéraire de l’âme vers le Sanctuaire, ses lignes témoignèrent d’une foi assurée et d’une compréhension visible et subtile des choses du Ciel, nous montrant un esprit familier de l’exercice de la prière active, capable de nous transmettre de précieuses indications qu’il nous conviendra de longuement méditer : « Toutes les fois que nous parlons à Dieu, ou de Dieu, disait-il, il faut créer, pour ainsi dire, un langage nouveau : il faut que nos discours respirent l’humilité et l’anéantissement (...) et surtout, il faut bien se garder de vouloir avoir de l’esprit. Car ce n’est que par orgueil qu’on court après l’esprit, et ce sot orgueil doit se taire, quand nous prions Dieu ou que nous parlons de lui. La meilleure prière, c’est de l’adorer en silence (...). » (Fragment, 1770.)

Quelques phrases significatives que notre frère Joseph de Maistre inscrira dans un des cahiers qui lui servaient de Registres à propos de la Divinité, sont empreintes d’une profonde et admirable vérité : « je vous adore sans vous comprendre », ajoutant à ces lignes, comme forme de contemplation intérieure du mystère de l’Etre Eternel et Infini qui est la Bonté, la Justice et la Vérité même : « Tu es Celui que je ne connais pas, et pourtant je T’invoque, Tu es Un, Tu es Trine ; Tu es ce que Tu es. » (Registre F, commencé en 1770)

Ainsi, à notre heureuse surprise, nous constatons que Joseph de Maistre, notre frère de « La Sincérité », peut se révéler également pour nous aujourd’hui un maître éminent de spiritualité intérieure ; écoutons-le attentivement, pour nous en apercevoir, nous parler de la prière qui est l’acte le plus haut, l’acte surnaturel par excellence, que l’homme peut produire sur cette terre, et dont le rôle est singulièrement rappelé et présent au sein des travaux du Régime Ecossais Rectifié :

« La prière est semblable à la mystérieuse fille du grand roi, toute sa beauté naît de l'intérieur. C'est quelque chose qui n'a point de nom mais qu'on sent parfaitement et que le talent seul ne peut imiter. Nous connaissons bien peu les secrets du monde spirituel; et comment les connaîtrions-nous, puisque personne ne s'en soucie ? (…) Prions donc sans relâche, prions de toutes nos forces, et avec toutes les dispositions qui peuvent légitimer ce grand acte de la créature intelligente: surtout n'oublions jamais que toute prière véritable est efficace de quelque manière. (…)
Il est […] impossible de prier Dieu sans se mettre avec lui dans un rapport de soumission, de confiance et d'amour; de manière qu'il y a dans la prière, considérée seulement en elle-même, une vertu purifiante dont l'effet vaut presque toujours infiniment mieux pour nous que ce que nous demandons trop souvent dans notre ignorance (Le seul acte de la prière perfectionne l'homme, parce qu'il nous rend Dieu présent) [1]
Toute prière légitime, lors même qu'elle ne doit pas être exaucée, ne s'élève pas moins jusque dans les régions supérieures, d'où elle retombe sur nous, après avoir subi certaines préparations, comme une rosée bienfaisante qui nous prépare pour une autre patrie. Mais lorsque nous demandons seulement à Dieu que sa volonté soit faite, c'est-à-dire que le mal disparaisse de l'univers, alors seulement nous sommes sûrs de n'avoir pas prié en vain. »
(J. de Maistre, Les Soirées de St. Pétersbourg, VIe Entretien.)


Afin que cette « rosée bienfaisante qui nous prépare pour une autre patrie », descende sur nous, sur tous nos frères et l’ensemble de la famille humaine, concluons avec ces vers de Joseph de Maistre :
« N'allons donc plus, par de folles ferveurs

Prescrire au Ciel ses dons et ses faveurs

Demandons-lui la prudence équitable

La piété sincère, charitable ;

Demandons-lui sa grâce, [demandons-lui] son amour… »


[1] Maistre rajoute en note : « Combien cet exercice inspire de bonnes actions! combien il empêche de crimes! l'expérience seule l'apprend... Le Sage ne se plaît pas seulement dans la prière, il s'y délecte. ‘‘Ou filei ooro seukesthai, alla agapa’’. (Orig. ubi sup., no. 8, p. 210, no. 20.) »

LA SINCERITE
21 SEPTEMBRE 2009